A Redon, les chômeurs s'impliquent dans la politique locale de l'emploi
A Redon, un groupe de demandeurs d'emploi réfléchit à l'amélioration de l'accompagnement des chômeurs et transmet ses conclusions aux services concernés. Un accès original à la démocratie participative.
Quel regard les chômeurs portent-ils sur le service public de l'emploi ? Comment faire entendre leur voix ? Comment nouer un dialogue constructif avec les différents services auxquels ils ont à faire, à commencer par Pôle emploi ? C'est à ces questions que tente de répondre l'association intermédiaire Aide emploi service, à Redon (Ille-et-Vilaine). Une réponse originale, qui peut être résumée en deux mots : démocratie participative. « Ce projet est à côté de notre cœur de métier. En tant qu'association intermédiaire, notre mission principale consiste à mettre à disposition de tiers des personnes en difficulté d'insertion », convient Denis Prost, d'Aide emploi service. Ce qui n'a pas empêché cette structure d'insertion par l'activité économique (SIAE) d'innover.

Pendant six mois, des réunions régulières sont organisées entre une vingtaine de chômeurs. L'occasion de faire le point sur les obstacles qu'ils rencontrent, sur leurs relations avec le service public de l'emploi, mais aussi avec les employeurs. Chacun raconte son histoire personnelle, et confronte son parcours à celui des autres : « Pour trouver un boulot, c'est beaucoup de relationnel et quand on n'a plus de relationnel, on n'a plus rien », peut-on lire dans le compte rendu de ces échanges. Tout y passe, à commencer par les relations avec l'ANPE, leur principal interlocuteur : « Depuis qu'ils ont supprimé les panneaux d'affichage d'offres d'emploi, l'ANPE, ça ne donne pas envie. Vous rentrez, il y a des ordinateurs et voilà, vous vous débrouillez ! Et c'est encore plus difficile pour les gens qui savent à peine lire et écrire. Ceux qui n'ont jamais fait d''informatique sont perdus. »
Les différents freins à l'embauche mobilisent également une grande partie des discussions : discriminations, obstacles financiers, problèmes de transport, horaires incompatibles entre différents emplois, complexité administrative, absence de diplôme, manque d'expérience professionnelle, etc. Mais le groupe n'entend pas s'en tenir à une simple litanie de doléances. La démarche se veut positive : au-delà des problèmes et des critiques soulevés, l'accent est mis sur les solutions qui peuvent y être apportées.
Un guide pratique par et pour les demandeurs d'emploi
C'est dans cet esprit qu'est organisée, en décembre 2007, une première rencontre de « dialogue constructif » avec une conseillère de l'ANPE. « L'objectif était d'identifier des pistes de travail communes, explique Denis Prost. Nous avons insisté sur le besoin de rassembler l'information. Elle existe, mais reste très dispersée, avec un vocabulaire pas toujours adapté. D'où l'idée de réaliser un livret, un guide du chercheur d'emploi en Pays de Redon et Vilaine. » Pour concrétiser ce chantier, Aide emploi service se rapproche de la Maison de l'emploi, du développement, de la formation et de l'insertion (Medefi) et lance, au sein de son conseil consultatif, un nouveau groupe de travail baptisé « Chercheurs d'emploi et partenaires », en mars 2008.
Les demandeurs d'emploi sont directement impliqués dans ce projet : c'est eux qui définissent l'architecture du guide, listent les informations qu'ils souhaitent y trouver. Comment s'en sortir avec un petit budget ? Où peut-on se remonter le moral ? Quels lieux de convivialité existent ? Autant de questions qui permettent d'incarner le document. Le guide est par ailleurs agrémenté de toute une série d'encadrés intitulés « A vous la parole ». A travers le vécu des demandeurs d'emploi, les trucs et astuces de la recherche d'emploi y sont passés au crible. « Le guide, on appelle ça notre bébé, souligne Didier Druart, chômeur et membre du groupe. On l'a construit de A à Z, des fondations à la charpente. » Une version test va être publiée courant juin, il sera finalisé en prenant en compte les remarques des demandeurs d'emploi et tiré à 3 000 exemplaires. Un objectif de diffusion revu à la hausse, pour faire face à l'explosion du chômage : le nombre de demandeurs d'emploi a augmenté de 22 % entre septembre et mars à Redon.

L'utilité de ce dispositif expérimental a été consacrée au niveau national en avril 2008 : une délégation de six demandeurs d'emploi du Pays de Redon et Vilaine a été invitée à participer aux travaux du Grenelle de l'insertion. « Nous avons vécu cela comme une reconnaissance de notre travail, la confirmation du caractère pilote de ce guide réalisé avec et non pas seulement pour les demandeurs d'emploi », se félicite Denis Prost. Quelques mois plus tôt, dix chercheurs d'emploi du groupe de Redon avaient déjà été invités à prendre la parole en public pour introduire le congrès national du Coorace, à Poitiers (Vienne).
Depuis, les projets se multiplient : création d'un espace convivial d'échange ouvert à tous et animé par les demandeurs d'emploi ; collaboration à un projet expérimental sur la participation des chômeurs au sein des SIAE piloté par le Coorace ; création d'un groupe de jeunes en partenariat avec la Mission locale ; participation à un travail lancé par l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale (ONPES) sur la construction d'indicateurs d'alerte en matière de pauvreté et d'exclusion sociale, etc. Au total, une centaine de réunions ont été organisées depuis le lancement du projet, réunissant en moyenne 25 personnes.
Le groupe a également été sollicité en novembre dernier par la Medefi pour alimenter la réflexion sur le projet immobilier de Maison de l'emploi, à Redon. Ce bâtiment doit réunir sous un même toit, d'ici à 2011, différentes structures du service public de l'emploi, tel que Pôle emploi, la Mission locale, ou encore le CIO. Les futurs usagers de ce lieu vont donc pouvoir faire part de leurs attentes en amont. Une initiative de bon sens, qui ne va pourtant pas de soi : « Comment valoriser la présence des demandeurs d'emploi au sein d'instances dans lesquelles ils ne sont pas représentés ? Cela pourrait paraître évident et naturel, mais ça ne l'est pas, explique Caroline Le Neures. Il est difficile d'identifier et de mobiliser les usagers. Il y a beaucoup de rotation à Pôle emploi comme à la Mission locale, les gens n'y passent qu'un temps. Il est compliqué de pérenniser un groupe. De plus, le citoyen lambda n'a pas forcément envie de s'impliquer. Enfin, cela peut être impressionnant d'être face à des professionnels en réunion, ce qui peut en décourager certains. »
Un espace d'accueil commun
L'existence préalable d'un collectif à Redon a donc facilité les choses. Au terme de quatre réunions consacrées spécifiquement à la future Maison de l'emploi, le groupe de travail « Chercheurs d'emploi et partenaires » a produit un document qui synthétise ses principales recommandations. Ses membres se félicitent en premier lieu du projet : « aujourd'hui, il faut que tu ailles d'un endroit à l'autre… tu n'en finis pas. Tu fais des kilomètres à pied. C'est bien que tout soit regroupé et que tu puisses savoir où aller. Quelquefois, on peut passer une journée simplement pour obtenir une information ou un papier. Moralement, c'est dur, et ce n'est pas ça qui nous donne du travail », notent-ils.
A partir de là, les idées ne manquent pas : la principale attente qui ressort est l'aménagement de l'espace d'accueil commun. Il ne faut pas que cela soit un simple lieu de passage, mais un endroit convivial où les chômeurs peuvent s'installer et travailler sereinement à leur recherche d'emploi. Ce qui suppose un certain nombre d'équipements : téléphone, ordinateur, documentation, photocopieuse, affichage des offres d'emploi, mais aussi petites tables, cafétéria, terrasse attenante pour la pause cigarette, etc. Les deux maîtres mots revendiqués par les chômeurs sont « autonomie » et « convivialité ». L'accent est également mis sur la discrétion, la confidentialité, le respect et l'écoute. Les demandeurs d'emploi vont même jusqu'à proposer d'être associés à la procédure de recrutement du personnel chargé de l'accueil commun !
Si Caroline Le Neures, de la Medefi, reste évasive sur les revendications qui ont une chance d'être retenues (« Globalement, il y a convergence, il y a des choses qui font leur bonhomme de chemin », élude-t-elle), elle n'en est pas moins enthousiaste sur cette démarche qui permet de « confronter le vécu et les difficultés des demandeurs d'emploi aux pratiques professionnelles du service public de l'emploi ». « C'est un enrichissement mutuel, ajoute-t-elle. Cela nous permet aussi d'expliquer aux demandeurs d'emploi les contraintes auxquelles sont soumis les professionnels. »
Pourtant, malgré un bilan relativement positif et constructif, l'avenir du groupe n'est pas assuré. En cause : l'absence de financement durable. Après un an placé sous le signe du bénévolat, le projet a bénéficié d'un soutien financier du Fonds social européen (FSE) pendant neuf mois. Trois mois se sont ensuite écoulés avant que la Fondation de France ne prenne le relais pour six mois. Depuis, un montage qui associe six financeurs différents permet de subventionner quinze heures hebdomadaires d'animation du projet.
Ce qui est peu, d'autant plus qu'une grande partie de ce temps est consacré à la recherche d'une solution plus durable. « Nous sommes obligés de dépenser beaucoup de temps à faire des dossiers de demande de subvention, c'est un véritable gaspillage d'énergie », regrette Denis Prost. Son ambition est d'obtenir des lignes de crédit plus pérennes au titre de la démocratie participative. En attendant, il dispose d'une visibilité financière jusqu'en mars 2010. Pas de quoi garantir aux chômeurs un accès permanent à la citoyenneté.
Notes
- (1) La Mission locale, Pôle emploi, la Medefi, le CIO, le GEIQ Entraide rurale, le point information jeunesse, une entreprise d'intérim et d'emploi…
























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