La pauvreté a augmenté en 2005
L’Insee vient de publier les premiers chiffres sur la situation de la pauvreté monétaire en 2005. La proportion de personnes dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté a progressé. Légèrement, mais incontestablement. Si l’on retient comme seuil de pauvreté le fait de disposer d’un niveau de vie inférieur à 60 % du niveau de vie médian (c’est-à-dire le niveau de vie tel que moitié des gens ont plus et moitié ont moins, soit 817 euros en 2005, contre 788 euros en 2004) (1), ce qui est désormais la règle dans l’Union européenne, 12,1 % des gens disposent de moins que ce seuil en France métropolitaine en 2005, contre 11,7 % en 2004. Nous voici pratiquement revenus au niveau de 1999 (12,3 %), alors que, antérieurement, la tendance était nettement orientée à la baisse (13,8 % en 1990).
En outre, ces 12,1 % correspondent à davantage de personnes qu’en 1999 (7,14 millions en 2005, contre 7,06 millions en 1999), du fait de l’augmentation de la population de la France métropolitaine. En 2004, le nombre de personnes en situation de pauvreté était de 6,87 millions : en une année, ce sont donc 270 000 personnes supplémentaires qui ont basculé dans la pauvreté monétaire.
Le nombre de personnes pauvres vivant dans des ménages comprenant au moins une personne active (en emploi ou en recherche d’emploi) a augmenté de 5,6 %, tandis que l’ensemble des personnes en situation de pauvreté augmentait un peu moins vite (+ 3,9 %). En d’autres termes, la pauvreté laborieuse a progressé plus vite que la pauvreté tout court, reflétant ainsi la dégradation du marché du travail constatée en 2005 (accroissement des temps partiels et des emplois temporaires, diminution des emplois aidés). En outre, c’est à partir de fin 2004 que de nombreux demandeurs d’emploi indemnisés qui avaient perdu leur emploi à la fin de la période d’embellie du marché du travail (mi-2001) sont arrivés en fin de droits et ont versé dans l’allocation de solidarité spécifique (ASS). La pauvreté est tirée par l’accroissement du nombre de familles monoparentales, dont on sait qu’il fragilise les familles concernées. Enfin, l’accroissement du nombre de personnes en situation de pauvreté vivant dans des ménages dont la personne de référence a plus de 65 ans résulte sans doute, pour une part, de la faible revalorisation du minimum vieillesse, dont le montant pour une personne seule est retombé en dessous du seuil de pauvreté depuis plusieurs années.
La fragilité de certains couples joue en même temps que la multiplication des emplois paupérisants, la faible revalorisation des minima sociaux tenant également un rôle. Toutefois, dans la population pauvre, la proportion des personnes en emploi ne cesse de progresser, à cause de la multiplication des emplois à temps incomplet. Ce qui apporte de l’eau au moulin de Martin Hirsch, dont le revenu de solidarité active (RSA) vise à compléter le revenu tiré de ces emplois (2).
Notes
(1) Mieux vaut raisonner avec le niveau de vie médian qu’avec le niveau de vie moyen, lequel est sensible aux valeurs extrêmes.
(2) Voir le débat sur le RSA dans Alternatives Economiques n° 261, septembre 2007.
























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